Des archives et des preuves

Dossiers archives (Cliché Marie Bretault, juillet 2016 / Archives de Rennes)

Dossiers archives (Cliché Marie Bretault, juillet 2016 / Archives de Rennes)

Une rencontre avec Delphine Deshayes le temps d’un échange. L’occasion pour moi de mettre le quotidien bouillonnant sur pause. Expliquer les archives, mon métier et ses motivations, facile c’est mon boulot ! Dans mon propos bien rodé, vient, comme toujours, le thème de la preuve. Les archives comme preuve juridique pour la collectivité, preuve pour justifier le bon droit d’un usager, d’un citoyen. Me revient alors en tête l’excellent documentaire expliquant le travail de ces avocats et autres citoyens syriens qui collectent des archives, des témoignages, comme autant de preuves dans le procès qui sera un jour mené contre les responsables des crimes commis à l’encontre de la population syrienne. Voilà qui nous ramène à nos fondamentaux ! Les archivistes ne se situent pas en bout de chaine de l’action humaine, archivant ce qui fut, mais bien au cœur de la démocratie, archivant pour chacun d’entre nous. Une bouffée d’air ce projet et ces rencontres avec les artistes ! Merci. Marie Bretault, Archives de Rennes.

Accéder à la présentation du documentaire diffusé sur France5 le mardi 31 mai 2016

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Archives contemporaines

Delphine Deshayes photographiant un plan de façade de l'usine d'incinération (cliché M. Brunet, juin 2016 / Archives de Rennes).

Delphine Deshayes photographiant un plan de façade de l’usine d’incinération (cliché M. Brunet, juin 2016 / Archives de Rennes).

Les archives contemporaines produites par les services publics peuvent paraître austères, plus froides que les archives privées, moins accessibles que les images. La venue de Delphine Deshayes à l’Hôtel de Rennes Métropole est l’occasion d’une médiation sur un fonds récemment classé, entrant dans le champ de ses recherches (rapport à l’environnement, risque industriel) : le fonds 2245 W porte sur la construction de l’usine d’incinération d’ordures ménagères de Villejean, en 1968.
L’indexation offre une première lecture de son contenu.
L’aspect purement technique d’un fonds peut être trompeur. Des typologies aussi peu attractives que les dossiers de marchés publics sont riches d’informations, quel que soit leur objet. L’exemple est pris des marchés de traitement et recyclage de certains déchets ou le gardiennage des déchetteries : dans les rapports d’activité fournis par les prestataires, se trouvent des informations sur l’économie sociale et solidaire et parfois, sur des parcours d’individus.
Du bac à compost à la station de métro, les dossiers de marchés témoignent de la commande publique et du tissu économique privé : état du marché, entreprises, artisans, associations, etc. Une source à croiser avec tant d’autres pour une perspective critique et riche. Les archives sont un matériau pour tous : historiens, administrés, artistes… nous vous attendons ! Marianne Brunet, Archives de Rennes.

Le temps d’une pause

MagnetophoneEntretien vendredi dernier avec Delphine Deshayes. L’enregistreur est sur la table, très vite oublié. Entre réunion et dossiers à traiter, c’est un temps pour se poser et prendre du recul, discuter simplement. Les questions s’enchaînent autour de la conservation, la restauration, le rapport au document, le rôle de l’archive… et toucher finalement un espace plus sensible : l’archive qui donne de l’épaisseur à la réalité, l’archive qui nourrit l’imaginaire, l’archive qui aide un peu à vivre, quoi ! Violaine Tissier-Le Nénaon, Archives de Rennes.

Soleil éternel

VIE DE RÊVE, Lise Lerichomme, 11 avril 2016.

VIE DE RÊVE, Lise Lerichomme, 11 avril 2016.

Pour nous, membres de La Collective, l’envie d’inventorier ce qui a pu nous toucher, attirer notre regard ou aiguiser notre curiosité lors de ces premières visites des Archives de Rennes est brulante.
La découverte des lieux se fait peu à peu, au fil des rencontres répétées avec le bâtiment et l’équipe qui y travaille.
De la première présentation un peu solennelle du dispositif, au cœur de l’hiver, dans la grande salle de conférence, à la première exploration des lieux quelques mois plus tard, chacun(e) a saisi l’ambiance particulière de ces lieux.
La surprise vient d’abord de la fluidité avec laquelle glissent d’un niveau à l’autre et d’une aile à son opposée « les archivistes » qui nous guident à travers l’architecture labyrinthique de ces travées et salles aux particularités encore inconnues pour nous.
Le temps nous a depuis appris à repérer et comprendre les « blocs fonctionnels » propres aux bâtiments : les magasins, les espaces dédiés à la valorisation des fonds, ceux dédiés à la conservation et bien sûr la salle de lecture centrale.
Puis vient le bouillonnement intérieur : notre petit groupe est là pour accompagner les artistes et faciliter les rencontres, éviter des frictions qui n’existeront peut-être jamais; mais tou(te)s, nous nous promettons de revenir plus tard, afin de profiter nous aussi des richesses entraperçues lors de nos allers et retours à travers les magasins.
Certain(e)s ont fait quatre visites au moins, sans jamais se lasser ni avoir l’impression de redondance. À chaque fois, nous grignotons avec plaisir la chance qui nous est offerte d’apercevoir d’un œil furtif la maquette du décor d’un autel du XIXe siècle à la grandiloquence un peu pompeuse ou les projets kitsch d’urbanistes des années 1980, dont les habitants vivent dans des shorts éternels sous un soleil écrasant. D’autres se pâment devant les empilement de boîtes de carton sombre et épais rêvant à un rangement domestique enfin efficace ou devant les monumentales tables de chêne dévolues aux lecteurs chanceux.
C’est la frénésie de découvertes vertigineuses qui nous gagne, et nous ne reviendrons aux lectures de textes et aux remarques savantes que bien plus tard. Arlette Farge, Michel Foucault, Walter Benjamin, Jacques Derrida et consorts sont bien là, mais minuscules, écrasés par la stimulation qu’offre la vue concrète du brassage d’informations, d’histoires, d’actions et de vies. Il faut à chaque fois digérer ces expériences fortes et, à regret, prendre le dessus sur l’excitation enfantine. La Collective.